Carnet de terrain · Analyse

Le vide n'est pas neutre.

Huit phrases sorties du chat d'un webinaire sur le GEO, étudiées une par une. Ce qu'elles disent de la façon dont les IA nous voient.

Christophe Solczynski, consultant GEO · 17 octobre 2026 · 12 min de lecture

L'essentiel

Quand une IA manque d'informations sur quelqu'un, elle ne se tait pas : elle complète, parfois en inventant. Ne rien publier n'est donc pas une protection. Ce que les IA retrouvent et citent, ce sont surtout des années de prise de parole sincère, sous son nom, pour des humains. Elles recoupent, vérifient de plus en plus, et leurs éditeurs commencent à interdire noir sur blanc la manipulation. Le GEO ressemble moins à une technique qu'à une discipline : dire clairement ce qu'on est, partout pareil, assez souvent pour que personne n'ait à l'inventer à notre place.

Le 16 octobre, Numbr organisait un webinaire sur le GEO pour sa communauté d'entrepreneurs. On y a été super bien accueilli, et on a passé un vrai bon moment. Prévu pour une heure, il a débordé d'un bon quart d'heure, pour notre plus grand bonheur : quand un public pose encore des questions à l'heure où il devrait partir, c'est qu'il s'intéresse vraiment.

Pendant tout ce temps, le chat a tourné en parallèle de la présentation : des questions, des réactions, de petites découvertes faites en direct. Relues à froid, plusieurs de ces phrases posent de vraies questions sur la manière dont les IA nous voient. Elles sont étudiées ici une par une, en séparant ce qui est vérifié de ce qui reste une hypothèse.

Planche dessinée du webinaire GEO Numbr et Happia par Frédéric Debailleul : de la rue aux agents, le LLM boîte noire, annuaire, fiche Google, site, avis clients, cohérence, avis détaillés, soyez vivants
L'heure résumée en une planche par Frédéric Debailleul, facilitateur graphique (alaracine.com).

Les huit phrases, en un coup d'œil

Ce qui s'est dit dans le chatCe qu'on en retientStatut
« Une IA m'associe une photo qui n'est pas moi »Faute d'informations, l'IA complète.Hypothèse
« Je ressors plutôt bien, à ma grande surprise »Le GEO révèle des années de prise de parole.Hypothèse
« On supprime la créativité pour les IA ? »Ce qui est unique est peut-être ce qui se cite.Hypothèse
« Les IA écartent-elles les textes écrits par une IA ? »Google juge l'utilité, pas l'auteur.Vérifié
« Je n'ai pas de local, comment exister ? »Les lieux dont on parle deviennent l'adresse.Piste à tester
« Mes vieux comptes : je ferme ou je laisse ? »Fraîcheur : un compte figé dit « ici, il ne se passe plus rien ».Hypothèse
« Google appellerait avec des robots »Ce n'est pas une rumeur, Google le documente.Vérifié
« La sincérité prime, pas les hacks »Les éditeurs d'IA commencent à l'écrire dans leurs règles.Vérifié

1. Une photo qui n'est pas la sienne

« Une photo associée à moi, mais pas moi. Aucune photo de moi en ligne. »

Rien ne dit avec certitude ce qui s'est passé. Mais une hypothèse tient la route, et elle dérange un peu. Quand une IA manque d'informations sur quelqu'un, elle ne se tait pas. Elle complète. Elle prend ce qui ressemble, un nom proche, un métier voisin, une ville, et elle fabrique quelque chose de plausible.

On pense souvent que ne rien publier sur soi, c'est rester discret. C'est peut-être l'inverse. Ne rien publier, c'est laisser la place libre, et l'IA la remplit avec ce qu'elle trouve. Le vide devient une invitation à inventer.

Si c'est vrai, la question change. Il ne s'agit plus seulement d'être cité. Il s'agit de savoir qui parle de toi quand tu ne dis rien.

2. « Je ressors plutôt bien, à ma grande surprise »

« Je ressors plutôt bien, à ma grande surprise. » · « Ça a beaucoup repris mes articles LinkedIn. »

Pendant que certains découvraient un vide, d'autres faisaient le test sur eux-mêmes. Ce qui frappe, c'est le mot surprise. Ces personnes n'ont rien fait « pour les IA ». Elles ont écrit, sous leur nom, pendant des années, pour des humains. Et c'est ce travail-là que l'IA a retrouvé et réutilisé.

On peut en tirer une idée simple : le GEO ne crée peut-être pas grand-chose de nouveau, il révèle ce qui existe déjà. Ceux qui prennent la parole publiquement depuis longtemps ont une avance qu'ils ignorent. Ceux qui sont restés silencieux découvrent le vide de la photo d'avant.

Une question est d'ailleurs arrivée juste après : « ma page entreprise LinkedIn, l'IA la regarde ? » Ce que ces témoignages suggèrent, c'est que ce n'est pas la page qui compte, c'est ce qu'on y écrit. Une page vide ne dit rien à personne, ni aux humains ni aux machines.

3. La créativité, sacrifiée ou décisive ?

« On supprime la créativité pour nous adapter aux IA ? C'est triste… »

La crainte est légitime. Les conseils GEO qui circulent donnent parfois l'impression qu'il faudrait tous écrire pareil : les mêmes structures, les mêmes listes, les mêmes questions-réponses, pour plaire à une machine.

L'intuition inverse mérite d'être posée. Une IA résume. Quand tout le monde dit la même chose, elle n'a aucune raison de citer l'un plutôt que l'autre, alors elle prend le plus gros ou le plus ancien. Ce qui pourrait la pousser à citer quelqu'un en particulier, c'est ce qu'elle ne trouve que chez lui : un avis tranché, une expérience vécue, une manière de dire les choses.

La créativité ne serait alors pas ce qu'on sacrifie pour les IA, mais peut-être la seule chose qui rend visible à leurs yeux. À condition d'être assez claire pour être comprise.

4. Et si c'est une IA qui écrit ?

« À quel point les IA excluent les contenus (article de blog…) rédigés par des IA ? »

Google a donné sa position publiquement : ce qu'il récompense, c'est un contenu utile et de qualité, quelle que soit la façon dont il a été produit (source). Pour les IA génératives elles-mêmes, il n'existe pas de réponse officielle.

Le raisonnement précédent s'applique pourtant. Un texte généré sans rien apporter de neuf ressemble à des milliers d'autres. L'IA qui le lit n'y trouve rien qu'elle ne sache déjà. Le problème n'est sans doute pas qui a écrit, mais ce que le texte apporte. Une IA qui recopie une IA, c'est un écho, et un écho ne se cite pas.

Il y a une autre raison de penser que les textes « vides » perdront du terrain. Des chercheurs ont montré, dans une étude publiée par Nature en 2024, que des modèles entraînés en boucle sur des textes produits par d'autres modèles finissent par s'appauvrir : les nuances disparaissent, tout converge vers une moyenne (source). Le risque est réel surtout quand ces textes remplacent les textes humains ; quand ils s'y ajoutent, l'effet reste limité (source). Si c'est un risque pour eux, les éditeurs d'IA ont tout intérêt à repérer et à valoriser ce qui porte une trace humaine : une expérience vécue, une donnée de première main, un avis signé.

Utiliser l'IA pour écrire n'est donc probablement pas le problème. L'utiliser pour ne rien dire, si.

5. Où existe-t-on quand on n'a pas d'adresse ?

« Je suis mandataire, donc sans local. Je travaille sur une très large zone. Comment bien me référencer ? »

C'est une vraie difficulté, et elle dit quelque chose du fonctionnement des IA. Quand on leur demande un professionnel « près de chez moi », elles raisonnent en lieux : une adresse, une ville, un quartier. Celui qui n'a pas de lieu fixe n'entre pas facilement dans ce raisonnement.

Une piste, sans garantie : quand on n'a pas d'adresse, ce sont les lieux dont on parle qui deviennent notre adresse. Des biens vendus dans telle commune, des avis clients qui citent le nom de leur ville, des contenus sur les quartiers qu'on connaît vraiment. On n'est plus situé par un local, on est situé par ce qu'on a fait quelque part.

Reste à vérifier dans le temps si les IA suivent ce raisonnement. C'est le genre de chose qui mérite d'être testée plutôt qu'affirmée.

6. Les comptes abandonnés

« Si comptes Facebook, X plus utilisés depuis plusieurs années : quel conseil ? Clôturer ou laisser ? »

Il n'y a pas de règle établie, mais la question touche à un point central du GEO : la fraîcheur. Les IA qui vont chercher sur le web au moment de répondre ont tout intérêt à privilégier ce qui est récent, parce qu'une information récente a plus de chances d'être juste. Un compte figé depuis trois ans envoie un message très clair : ici, il ne se passe plus rien.

Pour une entreprise bien vivante, c'est une contradiction. Son site dit qu'elle est active, ses réseaux disent qu'elle s'est arrêtée. Une IA qui recoupe se retrouve avec deux versions de la même histoire, et elle peut douter de la plus importante. À cela s'ajoute un second risque, plus concret : un vieux compte porte souvent des informations qui ont vieilli, une ancienne adresse, d'anciens horaires, une activité qui a changé.

Trois pistes, à adapter selon les cas :

  1. Si le compte peut revivre, même un peu, le réveiller vaut sans doute mieux que le fermer. Une publication par mois suffit à en refaire une source fraîche, qui confirme ce que dit le site au lieu de le contredire.
  2. Si personne ne s'en occupera jamais, mieux vaut le mettre à jour une dernière fois : la bonne adresse, les bons horaires, un lien vers le site et un message clair pour dire où trouver l'entreprise aujourd'hui. Un compte silencieux mais juste vaut mieux qu'un compte qui dit des choses fausses.
  3. Avant de fermer, il faut se souvenir qu'on supprime aussi un historique : des années de présence, des avis, des mentions qui prouvaient l'ancienneté de l'entreprise. L'ancienneté a aussi de la valeur aux yeux d'une IA.

Le vrai risque n'est peut-être pas le compte inactif, mais ce qu'il raconte : une information périmée, ou l'impression que l'entreprise a disparu. Aucune étude ne dit encore quelle option est la meilleure. C'est le genre de choix qui se teste, entreprise par entreprise.

7. Les robots qui appellent

« J'ai entendu que Google commençait à appeler par des robots pour confirmer les infos d'une fiche Google. »

Ce n'est pas une rumeur. Google l'explique dans sa propre aide : il peut contacter une entreprise par appel ou message automatisé, y compris sur WhatsApp, pour valider ses informations, comme ses horaires d'ouverture (source).

Le détail montre où va le mouvement. Les machines ne se contentent plus de lire ce qu'on publie, elles vérifient. Et ce qu'elles vérifient, ce sont les choses les plus simples : es-tu ouvert, à quelle heure, est-ce que ton téléphone répond.

La même page d'aide en dit plus : Google peut aussi appeler une entreprise au nom de ses clients, pour prendre un rendez-vous, connaître le temps d'attente dans un restaurant ou confirmer le prix et la disponibilité d'un produit. Autrement dit, une machine qui agit pour un client, ce n'est déjà plus de la science-fiction : c'est une fonctionnalité documentée.

Ça ouvre une question que peu d'entreprises se posent : si une partie de la vérification passe désormais par le téléphone, le standard devient lui aussi un canal de visibilité. Un numéro qui ne répond jamais, ou des horaires annoncés qui ne correspondent pas à la réalité, ce n'est plus seulement un client perdu. C'est peut-être une information que la machine retient.

8. La sincérité plutôt que les hacks

« Je suis convaincu que c'est la sincérité aujourd'hui qui prime, et non plus les hacks. »

Les faits vont dans son sens. Anthropic, l'entreprise qui développe Claude, a mis à jour ses règles d'utilisation, applicables au 12 novembre 2026. Elles interdisent désormais explicitement de manipuler les sources dont les moteurs de recherche ou les IA tirent leurs réponses, en les alimentant de contenus qui mentent sur leur origine, leur auteur ou leur indépendance (source).

Le texte cite des exemples précis : les faux avis, les faux comptes, les réseaux de sites qui se présentent comme indépendants pour répéter les mêmes affirmations. Les éditeurs d'IA commencent à écrire noir sur blanc ce que les moteurs de recherche ont mis vingt ans à faire respecter.

Ce qui reste permis, en revanche, c'est tout ce qui est vrai : dire clairement ce qu'on fait, publier son expertise sous son nom, obtenir de vraies mentions de vrais clients ou de vrais médias. La frontière n'est pas technique. Elle tient en une question simple : est-ce que ce que je publie dit vrai sur qui je suis, et sur d'où ça vient ?

Conclusion : un sujet qu'on comprend, dans un monde qui bouge chaque semaine

Relues ensemble, ces huit phrases racontent la même chose. La photo inventée, les articles retrouvés, la créativité, les comptes oubliés, les robots qui appellent : ce sont toutes des questions de vérité. L'IA comble les vides, recoupe ce qu'elle lit, vérifie ce qu'elle peut, et finit par citer ce qui tient debout.

Ce genre de webinaire est précieux, et pas seulement pour ceux qui y assistent. Il montre où en sont vraiment les entrepreneurs. Commerçants, indépendants, consultants, dirigeants de petites entreprises : tous ont compris qu'il se passe quelque chose. Le sujet reste flou pour beaucoup, certains découvraient ce qu'est un LLM pendant que d'autres testaient déjà leur propre nom. Mais personne ne doutait de l'enjeu. Quand une partie de tes clients commence à demander à une machine plutôt qu'à chercher, la question de ce que cette machine sait de toi n'est plus théorique.

Pour celui qui intervient, c'est aussi ce qui rend l'exercice difficile. Le public veut des conseils concrets, et il a raison. Mais le GEO bouge presque chaque semaine : un moteur change sa façon de citer, un éditeur publie de nouvelles règles, une fonctionnalité arrive enfin en France. Un conseil donné un vendredi peut devoir être nuancé le mois suivant. Alors presque chaque recommandation finit par la même phrase : vérifie régulièrement. Ce n'est pas une précaution de forme. C'est la seule façon honnête de transmettre un savoir qui change pendant qu'on le transmet.

C'est peut-être la vraie leçon de cette heure-là. Dans le GEO, ce qui reste vrai d'une semaine à l'autre, ce ne sont pas les astuces, c'est la méthode : regarder ce que les IA disent, corriger à la source, vérifier, et recommencer. Dire clairement ce qu'on est, partout pareil, assez souvent pour que personne n'ait à l'inventer à notre place.

Les limites de ce texte

Ces phrases viennent d'un chat, pas d'une étude. Plusieurs idées ci-dessus sont des hypothèses, signalées comme telles, et elles ne valent que tant qu'elles n'ont pas été contredites par des tests. Les réponses des IA changent d'un jour à l'autre et d'un utilisateur à l'autre. Ce texte sera revu à mesure que les pistes à tester le seront.

Trois expériences à faire chez soi

  1. Demander à deux ou trois IA « que sais-tu de [mon nom ou mon entreprise] ? », et regarder ce qu'elles inventent quand elles ne savent pas.
  2. Relire ses vieux comptes et ses vieilles fiches, et corriger ce qui n'est plus vrai avant de penser à publier plus.
  3. Écrire une chose que personne d'autre ne peut écrire à sa place : une expérience, un avis, un cas réel. Puis observer, dans quelques semaines, si les IA la reprennent.

Les autres questions du chat

C'est quoi, un LLM ?

Un grand modèle de langage : le moteur qui fait fonctionner ChatGPT, Gemini, Claude ou Mistral. Il a appris sur d'énormes quantités de textes et compose ses réponses à partir de ce qu'il a lu, et de plus en plus à partir de ce qu'il va chercher sur le web au moment où on lui pose la question.

Que veut dire NAP ?

Name, Address, Phone : le nom, l'adresse et le téléphone d'une entreprise. Quand ces trois informations sont identiques partout, les IA et les moteurs de recherche n'ont aucune raison de douter qu'il s'agit bien de la même entreprise.

Claude n'utilise pas la fiche Google ?

Chaque IA a ses propres sources, et elles ne les détaillent pas toutes. C'est justement pour ça qu'il vaut mieux ne dépendre d'aucune vitrine en particulier : une information juste, présente sur la fiche Google, le site et les annuaires, a plus de chances d'être lue par toutes.

Les IA lisent-elles les PDF et les images ?

De mieux en mieux, mais pas toujours et pas toutes de la même façon. Une information importante gagne à exister aussi en texte simple, sur une page web, où toutes les IA peuvent la lire sans effort.

Merci à Clément Le Roux et à Numbr pour l'invitation, aux participants pour leurs questions, et à Frédéric Debailleul pour la planche.

Pour les mots techniques (hallucination, LLM, AI Overviews…), voir le glossaire de l'IA.

Christophe Solczynski
Christophe Solczynski

Consultant GEO et cofondateur de Happia, la plateforme qui mesure ce que les IA disent des entreprises. J'accompagne les entreprises qui veulent maîtriser leur présence dans les réponses de ChatGPT, Gemini, Claude et Mistral, et je forme leurs équipes.

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Membre deCannes Is Up, French Tech Côte d'Azur